Publié le vendredi 10 avril 2009

Compteurs d’eau : Bergeron demande l’annulation du contrat

10 04 2009



Richard Bergeron

Compteurs d’eau : Bergeron demande l’annulation du contrat

Jeudi 9 avril 2009

Le chef de Projet Montréal et candidat à la mairie Richard Bergeron accueille favorablement la décision de la Ville de suspendre le contrat des compteurs d’eau. « C’est un premier pas dans la bonne direction. Mais il faudra aller plus loin. Ce que l’on a appris à ce jour suffit pour exiger l’annulation pure et simple du contrat entre la Ville de Montréal et la firme GÉNIeau », affirme M. Bergeron.

Pour Projet Montréal, les faits déjà connus sont assez troublants qu’ils entachent la confiance du public envers la Ville de Montréal. C’est pourquoi ce contrat doit être immédiatement annulé. « Il faut revoir tout le projet, à partir de zéro. De nouveaux termes de référence devront être préparés, reflétant les besoins réels de la Ville de Montréal et misant sur des technologies éprouvées. Il faudra ensuite retourner en appel d’offres, en recourant à un processus rigoureux d’évaluation et de sélection, sans ingérence politique », explique Richard Bergeron.

Le contrat des compteurs d’eau a été accordé au consortium GÉNIeau, codirigé par l’homme d’affaires Tony Accurso et par la firme d’ingénieurs Dessau. L’ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, numéro deux de l’administration Tremblay, avouait récemment avoir séjourné sur le luxueux yacht de Tony Accurso en janvier 2007, quelques mois avant que GÉNIeau ne décroche ce fameux contrat des compteurs d’eau. Par ailleurs, quelques mois après sa démission surprise du comité exécutif de la ville, Frank Zampino est devenu vice-président de Dessau. Enfin, des compagnies appartenant à Tony Accurso font présentement l’objet d’une enquête de l’Agence du revenu du Canada pour évasion fiscale de 4,5 millions (M) de dollars.

Rappelons que la firme GÉNIeau a obtenu de la Ville de Montréal un contrat au montant de 355 M$ visant l’installation de 32 000 compteurs d’eau dans les immeubles industriels, commerciaux et institutionnels, ainsi que la construction de 600 chambres de vannes permettant d’ajuster localement la pression d’eau suivant les besoins. Or, selon l’expert indépendant Jean-Claude Lauret, une comparaison avec Toronto conduit à la conclusion que Montréal paie 150 M$ trop cher pour ce contrat. De son côté, le responsable des compteurs d’eau à la Ville d’Ottawa, Michel Chevalier, s’explique mal que la Ville de Montréal ait opté pour « des systèmes très sophistiqués, qui n’ont jamais été essayés ailleurs » (cité par André Noël, La Presse du 9 avril). Par ailleurs, l'expert cité par La Presse souligne que 75 chambres de vannes principales seraient suffisantes, plutôt que les 600 que la Ville a commandées, ce qui permettrait à la Ville de Montréal d’assurer la même qualité au niveau de son service de distribution d’eau, tout en permettant aux contribuables montréalais d’économiser plusieurs dizaines de millions de dollars.

Le candidat à la mairie de Montréal Richard Bergeron rappelle, pour conclure, qu’il a demandé à ce que l’ancien bras droit de Gérald Tremblay rende public les reçus attestant qu’il a payé de sa poche l’intégralité des frais découlant de ses séjours sur le yacht de Tony Accurso, en janvier 2007 et janvier 2008 : « Monsieur Zampino a dit publiquement qu’il avait ces reçus en main. Nous exigeons de les voir ».

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Un parti politique municipale alternatif à connaître : Projet Montréal


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Et si les classes moyennes se réveillaient...

10 04 2009



Et si les classes moyennes se réveillaient...

mardi 7 avril 2009, par Howard Zinn
   
Les livres d’histoire classique nous apprennent encore que l’acte suprême du citoyen est de désigner son sauveur en allant voter tous les quatre ans (…) La notion de sauveur traverse toute notre culture, bien au-delà de la seule politique. Nous avons appris à nous en remettre aux stars, aux dirigeants et aux experts en tous genre, négligeant de ce fait nos propres ressources, notre propre force et pour finir notre personnalité même. Mais il arrive de temps en temps que les Américains rejettent cette idée et qu’ils se révoltent.

Ces rébellions ont toutes jusqu’à présent, été maîtrisées. Le système américain [capitaliste] est le plus ingénieux des systèmes de maintien de l’ordre social que l’humanité ait imaginés. Dans un pays aussi riche en ressources naturelles, en talents de toutes sortes en en force de travail, le système peut se permettre de distribuer juste ce qu’il faut de richesses à juste ce qu’il faut de citoyens pour limiter l’expression du mécontentement à une minorité « turbulente ».

Il n’existe pas d’autre systèmes de contrôle [...] qui sache aussi bien endormir son opposition en faisant quelques réformes, en isolant les individus, en mettant l’accent sur la loyauté patriotique.

Un pour cent de la population américaine détient un tiers de la richesse nationale. Le reste est réparti de telle manière que les 99 % de la population restante sont montés les uns contre les autres : les petits propriétaires contre les plus démunis, les Noirs contre les Blancs [...].

Je prends la liberté de réunir ces 99% d’américains sous l’appellation de « peuple ». L’histoire que j’ai écrite tente de rendre compte de leur intérêt commun, même lorsque ce dernier a été détourné, voir dissimulé. Mettre l’accent sur l’unité de ces 99% de la population américaine et affirmer que leurs intérêts sont parfaitement contradictoires avec ceux des plus riches revient à faire exactement ce que les gouvernements américains et l’élite fortunée qui les soutient – des Pères fondateurs à nos jours - ont toujours essayé d’empêcher. [...]

Il est très important pour l’appareil en place – ce petit club toujours inquiet de dirigeants d’entreprise, de généraux et de politiciens - de maintenir l’illusion historique d’une unité nationale par laquelle le gouvernement est censé représenter le peuple dans son ensemble et l’ennemi commun venir toujours de l’extérieur [...]. Il est également important pour lui de s’assurer que la seule véritable unité soit l’unité artificielle des élites privilégiées avec les citoyens qui le sont à peine moins, tandis que les 99% de la population restante doivent demeurer divisés par tous les moyens et opposés les uns aux autres afin de détourner leur colère.

N’est-ce pas une formidable idée que de faire payer par la classe moyenne les impôts qui garantiront l’aide sociale apportée aux pauvres ? – ajoutant ainsi la rancoeur des premiers à l’humiliation des seconds. […] Pas mal non plus, cette idée de focaliser les craintes et la colère de la majorité silencieuse sur une classe de criminels, fruits de l’injustice économique […] permettant ainsi de mieux dissimuler le gigantesque pillage des ressources nationales entrepris en toute légalité par de nombreux dirigeants.

Pourtant, malgré la maîtrise de tous les instruments de la loi et de l’ordre, [...] des diversions et des fraudes auxquels elle a pu faire appel tout au long de l’histoire du pays, l’élite au pouvoir n’a jamais réussi à se garantir des révoltes populaires. […] Rappeler cela, c’est dévoiler au peuple ce que le gouvernement souhaiterait pourtant qu’il oublie - cette capacité considérable des gens apparemment désarmés à résister, des gens apparemment satisfaits à exiger des changements. Faire cette histoire, c’est retrouver chez l’homme ce formidable besoin d’affirmer sa propre humanité. C’est également affirmer, même dans les périodes de profond pessimisme, la possibilité de changements surprenants.[…]

Néanmoins, la plupart des historiens sous-estiment les mouvements de révoltes et accordent trop d’importance aux hommes d’État, nourrissant ainsi le sentiment d’incapacité général chez les citoyens. (…) Dans un système d’intimidation et de maintien de l’ordre, les gens ne montrent pas forcément tout ce qu’ils savent, tout ce qu’ils ressentent profondément, sauf quand ils réalisent qu’ils peuvent le faire sans risquer d’être totalement détruits.[...]

Traditionnellement, on considère que quiconque possède la puissance militaire, la fortune, la maîtrise de l’idéologie officielle et la suprématie culturelle détient le pouvoir. Mesurée à cette aune, la résistance populaire ne paraît jamais assez forte pour survivre. Pourtant les victoires inattendues des rebelles - même les victoires momentanées - démontrent la vulnérabilité des soi-disant puissants. Dans un système extraordinairement sophistiqué, les élites au pouvoir ne peuvent se maintenir sans la soumission et la loyauté des millions de gens à qui l’on accorde en échange de ce service, de bien maigres récompenses : les soldats, la police, les enseignants, les hommes d’église, les fonctionnaires et les travailleurs sociaux, les techniciens et les ouvriers, les médecins, les hommes de loi, les infirmières, les travailleurs des transports et des communications, les éboueurs et les pompiers. Ces gens –les catégories dotées de quelques privilèges mineurs- sont pris dans une alliance avec les élites. Ils forment, en quelque sorte, la « garde prétorienne » du système, véritable digue entre les classes les plus favorisées et les classes les plus pauvres. S’ils cessent d’obéir, le système s’effondre.[...]

On constate des signes d’un mécontentement croissant au sein de la garde prétorienne du système.[...] Il se pourrait que l’on assiste, dans les années à venir, à une course pour la captation politique du mécontentement de la classe moyenne américaine.

Ce mécontentement est évident. Depuis le début des années 1970, les sondages indiquent que 70 à 80% des Américains n’ont pas confiance dans leur gouvernement, dans le monde des affaires, et dans l’armée.[...]

Le système en est arrivé, dans son irrationalité et par soif de profit, […] à dépenser des milliards de dollars pour fabriquer des armes de destruction et presque rien pour les enfants, à accorder de fabuleux salaires à des gens qui produisent des choses aussi dangereuses qu’inutiles et rien aux artistes, aux musiciens, aux écrivains, aux comédiens. Le capitalisme a toujours joué contre les classes les plus défavorisées. Il joue maintenant contre la classe moyenne. [...]

Étant donné l’impuissance des élites à résoudre les problèmes économiques ou à faire de la politique extérieure une soupape de sécurité pour le mécontentement des Américains, ces derniers devraient se préparer à exiger plus que de simples rafistolages, « réformettes », énième New Deal et autres pièges du même calibre. Il faut des changements radicaux.[...]

Si un tel mouvement prenait racine dans des centaines de milliers d’endroits à travers le pays, il serait impossible de l’arrêter parce que les gardiens sur lesquels s’appuie le système pour assurer sa survie seraient eux-mêmes parmi les rebelles. [...]

C’est possible parce que la majorité des hommes et des femmes qui composent les fameux 99% de la population commencent à se rendre compte qu’ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes besoins. Plus les gardiens et les prisonniers du système en auront conscience, plus l’appareil du pouvoir sera isolé et inefficace. Les armes, l’argent et la maîtrise de l’information par les élites ne seront d’aucune utilité face à une population parfaitement déterminée. [...]

Si nous comprenons cela et que nous agissons en conséquence, non seulement la vie pourra être immédiatement améliorée mais nos petits-enfants et les enfants de nos petits-enfants connaîtront probablement un monde différent et meilleur.

Howard Zinn, Une histoire populaires des États-Unis. De 1492 à nos jours. Lux, 2002. Extraits du chapitre XXIV, L’imminente révolte de la Garde, p. 748 à 759.

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